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LE FRANC À CHEVAL DE JEAN II LE BON  


La scène a maintes fois été présentée dans les manuels scolaires.On y voit le roi Jean II le Bon, hache ou épée en main, combattant courageusement contre les soldats anglais du Prince Noir. 


À ses côtés se dresse son jeune fils Philippe (futur duc de Bourgogne) qui ne cesse de crier : « Père, gardez-vous à droite ! Père gardez-vous à gauche ! »

• POITIERS C


Nous sommes le 19 septembre 1356, à Poitiers, où se déroule une bataille décisive entre les Français et les Anglais, engagés depuis une vingtaine d’années  – et ce jusqu’en 1453– dans ce qui restera dans l’histoire comme la Guerre de Cent Ans. 


Blessés, Jean et Philippe sont capturés par les Anglais et emmenés outre-Manche où ils demeureront pendant quatre années ; dans l’attente de la signature d’un accord prévoyant l’abandon par la France de ses possessions d’Aquitaine et de Normandie, ainsi que le versement d’une rançon de 4 millions d’écus. 


Libéré en 1360, après le versement d’une partie de la rançon par son fils, le dauphin Charles –réduite après tractations, et abandon de nouvelles terres, à 3 millions d’écus, soit 12 tonnes d’or pur –, Jean le Bon conçoit, lors de son retour en France, la création d’une nouvelle monnaie à forte teneur en or (3,88 g d’or fin), valant une livre et dont le nom indique qu’il ne s’agit pas d’une monnaie au titre dévalué. 

– FRANC A CHEVAL


Sur les pièces devant être bientôt frappées et con­nues sous le nom de franc à cheval (franc signifiant ici : libre et non de France ou des francs) figure le roi, monté sur un destrier, chargeant, épée en main, dans la droite ligne de l’idéal chevaleresque : l’objectif est de payer la rançon due à Édouard III et de restaurer l’autorité royale en mettant fin aux mutations monétaires qui ont entraîné plusieurs dévaluations depuis le début du siècle. 


La création du franc ne met pas fin à la circulation du royal d’or (au roi en majesté), de l’agnel ou mouton d’or (de Philippe IV le Bel), ni même du florin au baptiste fabriqué dans les ateliers de Toulouse et de Montpellier. 

• AGNEL D'OR


Elle s’accompagne toutefois d’une augmentation sensible des impôts royaux, avec notamment une taxe de 5% prélevée sur tous les échanges commerciaux.


Jean II le Bon retourne à Londres en 1364 afin d’y faire réduire sa rançon et libérer les otages (dont son fils Louis d’Anjou) qui y sont retenus ; il y meurt bientôt, loin d’un royaume qu’il a contribué à ruiner, mais qu’il a doté d’une monnaie stabilisée.


Charles V (1338-1380), fils et successeur de Jean le Bon, parvient à récupérer la quasi-totalité des terres perdues par son père, restaure l’autorité du pouvoir royal, et sort le Roy­aume de France d’une période difficile associant les défaites militaires lourdes. 


Sous son égide, le franc à cheval devient, par une modification de son avers, franc à pied. 

• FRANC A PIED


La fin de son règne est marquée par le grand schisme catholique d’Occident. 

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Les illustrations de monnaies de cette page sont tirées des archives de CGB.fr Numismatique.

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