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L'ÉCU D'OR DE FRANÇOIS Ier

le restaurateur des Lettres  


FRANÇOIS Ier


Bien que descendant direct du roi Charles V, par la branche cadette de Valois, François d’Angoulême (1494-1547) n’avait, à sa naissance, aucune chance d’être un jour roi lui-même.Mais sans descendance mâle, Louis XII en a décidé autrement et l’a marié avec sa fille Claude, duchesse de Bretagne et de… Milan, alors âgée de 15 ans. 

La future reine donnera sept enfants à son fringant mari – qui aura une autre épouse, après sa mort en 1524, en la personne d’Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint et veuve du roi Manuel Ier du Portugal. 

L'écu d'or a connu sous le règne de François Ier diverses frappes majeures,

Première frappe à relever : l'écu d'or au soleil,

frappé (ici à Gênes, en 1515) à la gloire de « François, roi des Francs ».

2020 GÊNES 1515


 

En 1515 François, premier du nom, monte donc sur le trône de France. Il s’agit d’un beau cavalier, haut de taille (1,98 m) et large de carrure. Il aime la chasse, le luxe, les femmes, qui raffolent de sa galanterie et de sa prestance. Il devra vivre tout au long de sa vie avec le souvenir intime dont la Belle Ferronière a su lui faire don. 

On lui doit cette parole royale : « Une cour sans femmes, c’est comme un jardin sans fleurs ». 

Mais qu’importent les penchants du roi.Doté d’un sens inné de la politique et de la diplomatie, apte à laisser des administrateurs capables s’occuper des intérêts de la couronne, courageux à l’extrême, maître de la culture, des lettres et des arts, il sera un grand roi dont se souviendra à jamais la postérité.

1515, victoire de François Ier à Marignan – sur les mercenaires suisses ; telle est l’année et le fait d’armes dont les potaches des générations futures se souviendront le plus, de con­cert avec : 732, victoire de Charles Martel à Poitiers – sur les Arabes.

François Ier, roi de France, peut donc mener sans retenue quel­que six guerres en Italie – qui n’en feront qu’un duc de Milan éphémère ; se battre ou fraterniser avec Charles Quint, empereur du Saint­- Empireo; errer sans se lasser, avec une cour de plusieurs milliers de courtisans, de résidence en rési­dence ; construire une quantité indéfinie de châ­teaux, notamment à Cham­bord, Saint-Germain-en-Laye, Fon­tainebleau Villers-Cotterêts ou près de Paris, dans le bois de Bou­logne.

Si François Ier est capable, mieux que quiconque, de vider les caisses de l’État, et être en partie la cause d’une levée continue des impôts et des taxes frappant le peuple, il sait, mieux que quiconque encore, œuvrer pour la grandeur du royaume. Sous son règne, la France – pays le plus peuplé d’Europe – compte 18 millions d’habitants ; Paris, 200000 ; Lyon, 50000. 

Seconde frappe : l'écu d'or au soleil du Dauphiné,

Frappé ici à Genoble, en 1519.

• ECU GRENOBLE 1519


Sous son règne sera créé un cabinet de livres, première forme de la Bibliothèque nationale future.Sous son règne, les artistes étrangers les plus renommés, dont Léonard de Vinci, viendront séjourner en France. Sous son règne, chaque curé doit tenir à jour un registre des naissances – c’est le début de l’état civil en France et le Français devient la langue officielle de l’administration et du droit, en lieu et place du Latin. Certains disent que la monarchie absolue commence avec François Ier. 

Troisième frappe : l'écu d'or au soleil,

frappé ici à Bordeaux, en 1541.

2020 BAYONNE 1541


Faute de pouvoir mettre au crédit du roi le moindre progrès social ou économique, rapportons quel­ques lignes d’un mémoire adressé par l’astronome Nicolas Copernic au roi de Pologne en 1517 :

« Quelque innombrables que soient les fléaux qui d’ordinaire amènent la décadence des royaumes, des principautés et des républiques, les quatre suivants sont, à mon sens, les plus redoutables : la discorde, la mortalité, la stérilité de la terre et la détérioration de la monnaie. Pour les trois premiers, l’évidence fait que personne n’en ignore. Mais, pour le quatriè­me, qui concerne la monnaie, excepté quelques hommes d’un très-grand sens, peu de gens s’en occupent. 

« Pourquoi ? parce que ce n’est pas d’un seul coup, mais petit à petit, par une action en quelque sorte latente, qu’il ruine l’État. »

On ne saurait citer de réforme monétaire à porter à l’actif de François Ier, celui-ci n’ayant en aucune façon modifié les lois et les coutumes en usage dans les limites du royaume. Ainsi, les bourreaux ont-ils pu continuer, sous son règne, à pratiquer le supplice du bouillage réservé aux faux-monnayeurs.


• CHÂTIMENT


Châtiment du bouillage à l'époque médiévale.

Le bouillage

Par bouillage (ou mort par ébouillantage), on entend, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, plonger le condamné dans un grand chaudron où l’on fait bouillir de l’eau ou de l’huile. L’exécution peut être plus ou moins longue selon la vitesse à laquelle le bourreau descend le condamné et selon le liquide utilisé. Il est aussi possible d’allumer le feu sous la marmite après avoir plongé le condamné dans le liquide choisi : la mort est ainsi plus lente. 

À citer, les peines suivantes : en 1514, Nicolas Dussault échappe à Évreux au bouillage mais est condamné à être essorillé et pendu ; en 1527, Jehan Ducouldray, maître orfèvre, et Laurens Stelle, de Venise, sont bouillis à l’eau, place des Halles à Paris ; en 1542 enfin, Jehan Former, artisan boutiquier, est bouilli à Cahors. Le bouillage disparaîtra en 1791.

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Texte extrait de La petite histoire des monnaies (Éditions Segnat).


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